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| Bluesboarder Number 95, August, 2002 Patrick DALLONGEVILLE LANCE & DONNA : "Long Gone" (53'50) Schubert Records On ne présente plus Lance & Donna aux plus fidèles de nos lecteurs. Pour les autres, rappelons juste que ce duo de (jeunes) quinquagénaires perpétue sur notre continent la tradition du blues itinérant initiée au début du siècle dernier par Charlie Patton (et poursuivie par ses émules, Robert Johnson, Bukka White, Son House et consorts). Respectivement natifs de Nashville et Chicago, Lance Harrison et Donna Howley se rencontrent au début des 90's. Lance est alors déjà un musicien accompli, et a participé à maints projets collectifs, en tant que clavier, puis guitariste. Donna est alors femme d'affaires au foyer. D'importants (et simultanés) revers de fortune les jettent alors bientôt à la rue et sans le cent. De ce cliché blues ultime, nos deux tourtereaux feront un choix de vie : ils prennent la route, avec pour seul viatique une guitare mexicaine à 42 $ (!) et un rain-stick (instrument rythmique rudimentaire du continent sud-américain). Faisant la manche de par les rues de la vieille Europe, ils s'achêtent bientôt le complément indispensable à leur panoplie de routards : un camping car de troisième main, à côté duquel celui des Freak Brothers fait presque figure de Rolls, et qui leur vaudra de croiser un "twist of fate" majeur
Comme de bien entendu, l'engin capricieux tombe souvent en panne, et les lâche fin juillet 96 à La Rochelle. Sans un sou vaillant pour la réparation, nos deux héros semblent bien avoir atteint leur "end of the line", quand un passant bienveillant leur indique le festival "Blues Passions" qui s'ouvre à Cognac deux jours plus tard. Grâce à Michel Rolland (et notre cher Dominique Floch, de Dunkerque), le duo se produit donc à l'improviste sur les diverses scènes du festival, et, non content d'y gagner de façon inespérée l'argent nécessaire à la réparation de son engin, s'y taille un succès et une réputation qui boostent sa carrière européenne. Un premier CD studio, autoproduit, sort en 1998 ("Travelin' Blues"), et après avoir sillonné l'hexagone pendant cinq ans, notre tandem s'établit à Cologne, où il se trouve rapidement intégré à l'écurie de Rolf Schubert. C'est sur le label de ce dernier que sort à présent leur second opus, capté live au début de cette année dans un minuscule club de leur ville d'adoption. Lance & Donna live, on connaît, par chez nous : ces cinq dernières années, ils ont bien dû s'y produire une vingtaine de fois !.. Et aux quelques bienheureux qui possèdent leur cassette autoproduite (concert du 18/10/96 au Sous-Sol, à Lille, devant 34 personnes au maximum !), comme aux autres, il faut annoncer d'emblée que l'arsenal de Lance & Donna s'est depuis quelque peu étoffé
N'ayez crainte, ils n'ont pas embauché de section rythmique ni de cuivres, non. Seulement, Lance ajoute désormais à sa palette instrumentale (soit, outre sa mexican-guitar et sa Gibson lap-steel de 1938) une Fine Resophonic du plus bel effet. Résultat : notre tandem n'engendre nulle monotonie, Lance passant allègrement d'un instrument à l'autre, mariant les sons du Delta blues le plus acoustique à ceux , saturés, du dirty-punk sound de Fat Possum ! Ainsi, sur son propre "I know every train" (ode aux hobos de la Grande Dépression), la guitare charrie-t-elle dans sa distorsion tout le grésil des ballasts évoqués, et sur "Evil" (non pas celui de Willie Dixon, mais un autre original de Lance), la lap-steel fouille-t-elle les tripes en slide, sur des lyrics parlant de trahison et de vengeance. Frisson garanti !.. Autres sommets de ce gig : le mean "Bad" (où, dans la veine de Mississippi Fred Mc Dowell, Lance confirme son impressionnante assimilation du Delta Blues), "Full house" (de Lance toujours, aux paroles malicieuses, et d'une facture proche de celle du révérend Gary Davis), et, surtout, les deux originaux qui closent ce disque, "The sun will shine" (super country-gospel blues enlevé, sur lequel le timbre nasal de Lance est délibérément "vieilli", donnant presque l'impression d'assister à une session live de 1939 !) et "Long gone blues", qui porte la marque du Piedmont. À signaler également, bien sûr, la performance de l'human rhythm-stick, Mrs Donna Howley in person, qui donne également de la voix sur "I'm in the mood" de John Lee Hooker, ainsi que "Bad water" et "Sugar" (qu'elle co-signe avec son homme). Actuellement basé outre-Rhin, ce couple chéri des Français nous envoie, avec ce disque, la plus chouette des cartes postales. By the way, babes
don't stay gone too long !
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Approved English Translation Bluesboarder
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